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Interviews
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| La Ruda (20 novembre 2004 - Cergy) | ||||
Tu cites souvent Paris dans les chansons, vous y êtes attachés ? Oui et non. Il y a beaucoup de références à Paris car c’est neutre, sinon tu peux dire Chinon mais ta chanson est régionale ou Strasbourg mais on te demande pourquoi. Et puis Paris, c’est joli en bouche ! Comment abordez-vous les concerts ? On est vraiment concentrés sur notre concert, on n’est pas du genre à décider 10 minutes avant ce que l’on va faire sur scène. On est en branle, les tournées c’est de la fatigue. Le but c’est de regrouper toute cette énergie sur cette 1H30. L’apéro est très important, vers 19 h on boit le jaune et on commence à parler du concert. On dit apéro raté, concert raté, bon je grossis le trait (rires) ! Quel est votre rythme de travail ? On est obligés de s’imposer un temps défini parce que sinon ça pourrait durer des heures… On n’a jamais fini, on n’est jamais contents, on peut toujours faire mieux ! On est souvent sur la route, il faut faire une économie de travail. Ça évite aussi de se gargariser… Il faut savoir dire stop ! On met neuf mois pour faire un album, un an avec les textes. D’abord on place en yaourt puis en fonction des breaks et de la sonorité qu’on veut obtenir, on essaie de les remplir avec des mots en français. Et ce qui est marrant, c’est que tu finis par raconter des histoires que tu n’aurais jamais commandées au départ, mais c’est le hasard. Tu as une phrase qui sonne bien et à partir d’elle tu inventes le reste. Mais même quand tu inventes le texte, c’est plus ou moins des références que tu avais en tête. Comment la Ruda compose ? Il est arrivé que les cuivres soient le véhicule premier mais en général on pose basse/ batterie ou basse/guitare, c’est une question d’accord. Une chanson quand elle est bonne, à priori, elle tient sur une guitare sèche ! Quand on a la basse, une guitare, la ligne d’accord, on travaille dessus, on s’amuse, on fait des essais de chants, de cuivres. Et le tout passe à la moulinette des 8 avis, c’est assez long ! On jette beaucoup de morceaux à la poubelle, parce que d’être 8 c’est un avantage mais c’est aussi un inconvénient dans la mesure où tout le monde doit s’y retrouver. Et on a beau être un groupe chacun a son univers musical qui lui est propre, donc parfois une chanson c’est presque 50% de compromis ! Si on devait faire une chanson en solo, il n’y aurait pas une chanson qui ne se ressemblerait, personne ne la verrait de la même façon. Comment vois-tu l’évolution du groupe depuis le début ? Faire une comparaison de la Ruda en 93/95 et d’aujourd’hui, c’est compliqué. D’abord, je dirais que chaque album est le miroir de ce qu’est le groupe à une certaine époque, un certain son, un certain langage, une certaine façon de composer. Mais on joue toujours les morceaux de cette époque comme on les fait aujourd’hui. Ça a été une démarche essentielle dans notre prolongation, je dirais même dans notre installation en tant que groupe. Je pense que ce qui nous a servi plus que le talent c’est d’avoir eu la sagesse de durer. Bien souvent ce qui fait que les groupes existent et finissent par avoir une certaine aura, c’est qu’ils sont encore là au bout de 6 ans. Les choses sont longues à mettre en place. Au début tout est à faire, et puis tu n’as pas les moyens de tourner dans de bonnes conditions. En même temps, si tu ne fais pas les choses à 20 ans, tu ne les fais jamais, la vie est plutôt belle ! Les choses se sont passées assez progressivement pour nous. On est passés du bar au café concert, du café concert au petit concert, du petit concert au grand concert puis les festivals et tout ce qui s’en suit. Est-ce que la Ruda est la même qu’il y a 10 ans ? Non, ça n’a rien à voir ! Quoique finalement, si, en fait, on n’a pas changé fondamentalement. On a toujours le même esprit quand on compose, la même envie ! On n’est pas du tout blasé de ça. Au début, on écarquillait grand les yeux quand on a commencé. Je crois que, sans faire une grosse flûte, on se rend compte de notre chance, du privilège qu’on a de pouvoir vivre notre passion au jour le jour, de pouvoir en vivre, d’être dans l’épicentre de quelque chose qui nous est commun, qui est fort, qui fait qu’on se lève le matin, d’avoir le sentiment de nous épanouir, quoi ! C’est quelque chose d’assez rare dont on est assez conscients ! Comment vois-tu la Ruda dans le futur ? Je ne peux pas faire de prévision à long terme et puis ce serait stupide parce que c’est toujours quelque chose d’assez fragile. A court terme, je peux dire qu’on va essayer de mettre un album sur pied. Et si ça se fait ça veut dire qu’il y aura une tournée derrière ! Pour l’instant on se supporte encore pas mal (rires) ! C’est plus compliqué qu’hier mais on a la chance de ne pas se formater ! Comment définirais-tu la Ruda en deux-trois mots ? Eventuellement je dirais que la Ruda, c’est une énergie. J’entends par là qu’on n’a jamais attendu les choses pour les faire quand on a voulu produire nos disques on l’a fait. La Ruda, c’est un groupe aussi ! La notion de groupe ce n’est pas un truc de vain, c'est-à-dire que personne ne se tire la couverture ! Si on est là sur le long terme c’est parce qu’on avait conscience que dans la musique, à l’exception d’être un maestro si tu es seul, tu n’es rien ! Si on a pu exister musicalement, c’est parce qu’on était 8, qu’on était plusieurs donc on avait une énergie en commun ! Notre énergie en tant que telle n’aurait intéressé personne, je pense. On a eu la sagesse de ne pas péter les plombs comme malheureusement font certains groupes au premier succès ! Comment se passe la tournée ? Ça se passe bien, c’est plus dur qu’avant parce que les salles sont moins pleines mais on n’a pas à se plaindre. C’est un facteur général que ce soit pour Miossec, comme pour la Ruda, c’est compliqué ! Tu penses que c’est dû à quoi ? Les tourneurs dans les salles sont un petit peu dans l’analyse, moi je pense que le développement des festivals d’été prend beaucoup de place dans l’année. La multiplication des festivals d’été fait que les gens ont vu beaucoup de groupes pendant cette période là et n’ont plus forcément assez d’argent pour revoir un groupe en tant que tel sur une scène assez conséquente. J’espère qu’on ne va pas arriver comme dans certains pays, notamment en Suisse où toutes les villes vont se servir des festivals d’été comme d’un miroir, d’un étendard mais je pense que ça a déjà commencé. Certaines villes investissent tout l’argent de l’année dans un festival pour faire parler du dynamisme de la ville. Et là où c’est dangereux c’est que la plupart du temps elles le font au détriment d’aides régulières, pendant l’année. Elles n’ont souvent plus d’argent pour entretenir des petits cafés concerts toute l’année. Or pour l’insertion des musiciens dans la cité, c’est plus intéressant d’avoir des locaux de répétition, un café concert qui tourne, qui est subventionné, qui peut se permettre de faire un gadin une fois de temps en temps et puis d’avoir une salle éventuellement plutôt que d’avoir un grand festival (qui n’est pas une mauvaise chose en soi) ! C’est compliqué, il n’y a quasiment plus de bars où on peut jouer ! Nous, quand on a commencé, on a joué dans les bars et c’était cool, sans ça on aurait pas tellement eu de lieu d’expression. Aujourd’hui, les cafés concerts tombent les uns après les autres, les salles sans subvention vivent comme elles peuvent, c’est la même tendance que la chute des ventes de disque, que l’intermittence, que les labels. Plus personne ne signe parce que tu mets ton boulot en jeu ! L’hémorragie sera dure à stopper ! Quand on a commencé, il y avait dans chaque ville un café concert ou 2 dans lesquels on pouvait aller jouer, maintenant t’en as plus ! Tu vas à Nantes il n’y en a plus ! Il faut attendre que tout ça retrouve un équilibre ! Comment se fait-il que les groupes de scènes comme la Ruda ne sont pas connus du grand public ? Deux minutes d’antennes télé et t’as plus de gens qui te voient que dans une tournée ! La seule frustration qu’on pourrait avoir c’est que si on fait des choses les gens n’en parlent pas ! On a un bon exemple nous, on a dû faire une télé cette année : c’était le journal culturel d’Arte. Ca a duré 2 minutes 30 et on était très contents. On a fait une tournée de 110 dates mais il a fallu qu’on passe en Hongrie pour qu’ils fassent un truc sur nous ! Pour le dernier album qui est plus rock, il y a un changement qui s’est opéré au niveau du public ? Oui, certains ne s’y retrouvent pas et c’est de bonne guerre, la musique c’est comme ça, les goûts et les couleurs… Tu sais, tu passes toujours pour l’escroc de service quand tu fais un album, soit on te reproche de pas bouger ou soit on te dit que tu as trop évolué. C’est vrai qu’on aurait peut-être plus de succès si on se faisait un peu les Ska-P français ! Il faut donc faire ce qu’il te plaît car c’est ce qui te permet de pouvoir le défendre pendant un an sur la route et de trouver toujours une fraîcheur au niveau du groupe pour vouloir jouer encore ensemble. Ce soir avec le Maximum Kouette ? On ne se connaît pas très bien mais on a un parcours similaire, même pedigree, même type de formation, même influence, même envie. On vient de la scène alternative. On a traduit chacun à nos manières ce que l’on a écouté étant jeune les Clash, La Mano… Et après, pour exister il faut jouer beaucoup, que ce soit pour la Ruda comme pour le Maximum Kouette. Chacun sa Thalassa pour pouvoir dire, on est là et on y reste ! Site Internet : www.larudasalska.net Remerciements : Audrey, La Ruda et l’équipe de l’Observatoire. |
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| © Justine et Antoine 13/12/04 |
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