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Guem (2001 - L'Observatoire)

GuemNé à Batna (Algérie) d'une famille d'origine nigérienne, Guem pratique la musique traditionnelle et la musique de transe dès son plus jeune âge. A 16 ans , il quitte l'Algérie pour Paris où il ambitionne de devenir footballeur professionnel. Pour gagner sa vie, il joue régulièrement des percussions dans différents lieux musicaux de la capitale et c'est le 14 juillet 1966 lors d'un bal populaire animé par le groupe " le Moulin Rose " que Guem fait une prestation remarquée et intègre le groupe pour tourner le week-end pendant un an. C'est alors pour lui le début d'une carrière fulgurante ; il accompagne désormais les plus grands noms du jazz (Michel Portal, Steve Lacy…) et de la variété (Colette Magny, qui le présente au Chant du Monde en 1972).
En 1973, il enregistre son premier album " Percussions africaines " et son premier grand succès arrive en 1978 avec son album " Guem et Zaka " enregistré avec ses élèves du Centre Culturel américain. Il compose au même moment le morceau culte "Le Serpent", réenregistré en 1996 pour l'émission de France 2 "Ca se discute". Cet artiste universel reste ouvert non seulement aux percussions de tout horizon (africaines, orientales, sud-américaines…) mais également au métissage des genres (à travers ses différentes collaborations avec des artistes de musiques électroniques comme Armand Van Helden, St Germain ou encore Fred Galliano). Il est à l'heure actuelle, le seul percussionniste à maîtriser une gamme de rythmes aussi large.


Ainsi, ce vendredi 5 octobre, cet artiste charismatique nous a offert une prestation de grande qualité à l'Observatoire de Cergy ; en effet, le jeu scénique de Guem et de ses acolytes a conquis un public envoûté par l'atmosphère qu'ils ont su instaurer dans la salle. Enchaînant tour à tour musiques d'ambiance et rythmes infernaux, ils ont réussi, dans un art de la mesure parfaitement maîtrisé, à nous tenir en haleine et à nourrir les envies de voyages spirituels. Une grande énergie et beaucoup d'humour ont transpiré de cette prestation scénique remarquable.

D'autre part, lorsque Guem prend le micro, c'est pour nous livrer, avec une timidité touchante quelques mots sympas qui témoignent d'un grand respect du public et c'est avec ce même naturel qu'il nous a reçues après le concert, nous qui voulions en savoir un peu plus…


GuemTotoutard : Qu'avez-vous pensé du public de Cergy ?
Guem :
Chaque endroit, chaque public est différent et, lorsque je sais que les gens viennent pour la musique, pour la percussion, le concert c'est pour moi "comme à la maison". L'ambiance était très bonne. Je n'attends pas dans mes concerts que les gens dansent ou tapent dans les mains, chacun fait ce qu'il a envie de faire ; certains préfèrent écouter, d'autres danser, c'est normal.

T- L'effet transe, c'est quelque chose que vous essayez d'amener chez le public ?
G-
Non, c'est tout à fait impossible à obtenir dans un concert, il faut être dans un petit groupe. On peut s'éclater mais on ne peut pas aller jusqu'à la transe.

T- Et vous-même lorsque vous jouez sur scène, peut-il vous arriver de rentrer dans des états de transe ?
G-
Non, non, on peut partir mais pas en transe. La transe c'est quelque chose de très fort que j'ai connu depuis tout gamin, dans ma famille ; c'est vraiment autre chose et ce n'est pas parce que fais ça (il secoue la tête dans tous les sens comme lorsqu'il est sur scène) que je suis dans un état de transe. La transe c'est une sorte de danse.

T- Il est vrai que vous avez un show gestuel impressionnant et on sent que le corps tient une place importante au sein de votre représentation.
G-
Le premier instrument des percussions, c'est le corps humain. Comme j'ai toujours pratiqué la danse et la musique en même temps, je joue avec mon corps comme je joue aux percussions et dans les deux cas, il faut une certaine souplesse. Justement, au début j'avais les mains très dures comme du bois ce qui m'empêchait de jouer le bongo ou la derbouka car je restais coincé, alors, j'ai travaillé la souplesse pendant longtemps (et il nous montre sa main qu'il fait onduler comme si elle était dépourvue d'os).

T- Vous donnez aussi bien des cours de percussions que de danse et vous avez dit durant le concert que même lorsque l'on marche c'est déjà de la danse, est-ce que vous croyez que la danse peut se trouver à travers tout acte du corps humain ?
G-
Oui, toute personne qui marche devant moi danse car chaque personne possède un rythme différent et danse avec. C'est magnifique parce que tout plein de gens me disent qu'ils n'ont pas le rythme or tout le monde le possède en soi -A travers la démarche par exemple-. On devient arythmique lorsqu'on accepte pas le rythme de l'autre, tout simplement. Mais tout le monde a envie de danser même celui qui affirme le contraire - Et je ne parle pas uniquement pour la percussion mais pour tous les styles de musique - mais la plupart des gens n'osent pas. D'ailleurs les femmes osent beaucoup plus que les hommes. Les hommes ont plus ce complexe.

T- Justement, considérez-vous que votre percussion a un pouvoir libérateur et fonctionne un peu comme un appel à l'abandon de ces "complexes" ?
G-
Si on veut, tout dépend de comment on s'engage. Quand, dans mes cours, des gens arrivent et me disent qu'ils n'ont jamais joué ou jamais dansé, la question que je leur pose c'est si ils en ont vraiment envie et si la réponse est "oui", je leur dis qu'il faut qu'ils s'y mettent et qu'ils oublient le reste, c'est tout. On a tous débuté de toute façon et je leur dis "Rappelle-toi quand tu as commencé à marcher à quatre pattes, après tu t'es levé, tu as marché et ensuite tu as couru" et pour la vie, la musique c'est pareil.

T- Les titres de vos albums sont assez évocateurs comme "Combat de coqs", "Magie du sorcier", "Cauchemar", quelles histoires voulez-vous ou aimez-vous nous raconter au travers de votre musique ?
G-
Je n'écris pas la musique, je suis entièrement autodidacte et en effet, je compose par rapport à une histoire. Il y a plein d'histoires que j'aime raconter, il y en a à l'infini. Souvent, les gens m'ont demandé pour "le Serpent" comment je l'ai fait et pourquoi j'ai appelé le morceau comme ça ; en fait, je me promenais dans la forêt et j'ai vu un serpent alors j'ai reproduit le son de la forêt et de ce qu'on peut y rencontrer. J'ai fait aussi un titre qui s'appelle "Riacho" au Brésil, "Ruisseau" en français, alors, avec la cuica pour reproduire l'eau qui sort de la source après l'eau qui tombe dans le ruisseau et au bout de deux-trois minutes la rythmique devient plus forte, c'est l'eau qui tombe dans le fleuve. Aussi, pour l'un des morceaux de ce soir, avec le bongo, on joue le bruit de l'orage puis les gouttes de pluie.

T- Quelle est la part d'improvisation dans vos spectacles ?
G-
Il y a toujours une part d'improvisation mais elle reste toujours construite. Il faut savoir improviser mais il faut aussi savoir revenir. C'est une communication musicale, quand les musiciens sont sur scène, ils se parlent entre eux.

GuemT- Vous préparez un spectacle sur l'histoire de la percussion à travers les différents continents depuis la préhistoire jusqu'à notre siècle, pouvez-vous nous en dire un petit peu plus ?
G-
Oui, je suis énormément ouvert à tout ; avant, quand j'ai commencé à faire de la percussion, j'ai joué dans des groupes de jazz, j'ai fait ensuite de la variété, de la salsa, j'ai joué aussi avec des groupes brésiliens, j'ai travaillé dans des cabarets orientaux, antillais et puis, un jour, j'ai voulu jouer uniquement de la percussion pour que ce soit une musique universelle et il est vrai que peu importe où je joue, je ne dis pas un mot et ma musique passe, on a pas besoin de parler parce que le rythme touche tout le monde. Et justement, je voulais faire une musique qui relie tout le monde et ce qui permet cela, ce sont les percussions.

T- Effectivement, vos percussions semblent être au service du métissage -aussi bien au niveau des différentes percussions que l'on peut trouver à travers le monde qu'au niveau des différents genres musicaux auxquels vous mêlez vos rythmes-, vous faîtes preuve d'une très large ouverture musicale…
G-
Les différents groupes musicaux avec lesquels j'ai pu joué m'ont beaucoup appris et m'ont amené à cette ouverture. En même temps, cela me faisait travailler mon oreille.

Et puis, Guem nous parlant de son expérience de professeur de percussions avec les tout-petits nous pose une colle "Comment fait un enfant de deux ans pour ramasser un objet qui est à terre ?", ça y est, nous, pourtant si jeunes, nous avons déjà oublié les réflexes primaires… "Il se jette dessus ? Il tâte l'objet avant de le ramasser ?", nous partons vers des suppositions complexes en laissant de côté, à tort, la simplicité… "Il plie les genoux, nous dit Guem, et vous comment faîtes-vous ?", effectivement, on ne plie plus les genoux et on n'hésite pas -sans forcément s'en rendre compte- à casser notre petit dos. Et Guem de nous dire : "Plus on vieillit et plus on perd les choses naturelles tout simplement".

Alors oui, Guem est une attachante figure du naturel et sa musique semble s'adresser à tous les amoureux des choses vraies et à ceux qui n'ont pas peur de se laisser bercer par leurs sensations.

Quant à son actualité, la sortie de son nouvel album est prévue pour le 26 octobre 2001 et nous attendons impatiemment son prochain spectacle qui aura pour thème l'histoire de la percussion à travers les âges et les continents.

© Peggy 13/11/01