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Né
à Batna (Algérie) d'une famille d'origine nigérienne, Guem pratique
la musique traditionnelle et la musique de transe dès son plus jeune
âge. A 16 ans , il quitte l'Algérie pour Paris où il ambitionne de devenir
footballeur professionnel. Pour gagner sa vie, il joue régulièrement
des percussions dans différents lieux musicaux de la capitale et c'est
le 14 juillet 1966 lors d'un bal populaire animé par le groupe " le
Moulin Rose " que Guem fait une prestation remarquée et intègre le groupe
pour tourner le week-end pendant un an. C'est alors pour lui le début
d'une carrière fulgurante ; il accompagne désormais les plus grands
noms du jazz (Michel Portal, Steve Lacy…) et de la variété (Colette
Magny, qui le présente au Chant du Monde en 1972).
En 1973, il enregistre son premier album " Percussions africaines "
et son premier grand succès arrive en 1978 avec son album " Guem et
Zaka " enregistré avec ses élèves du Centre Culturel américain. Il compose
au même moment le morceau culte "Le Serpent", réenregistré en 1996 pour
l'émission de France 2 "Ca se discute". Cet artiste universel reste
ouvert non seulement aux percussions de tout horizon (africaines, orientales,
sud-américaines…) mais également au métissage des genres (à travers
ses différentes collaborations avec des artistes de musiques électroniques
comme Armand Van Helden, St Germain ou encore Fred Galliano). Il est
à l'heure actuelle, le seul percussionniste à maîtriser une gamme de
rythmes aussi large.
Ainsi, ce vendredi 5 octobre, cet artiste charismatique
nous a offert une prestation de grande qualité à l'Observatoire de Cergy
; en effet, le jeu scénique de Guem et de ses acolytes a conquis un
public envoûté par l'atmosphère qu'ils ont su instaurer dans la salle.
Enchaînant tour à tour musiques d'ambiance et rythmes infernaux, ils
ont réussi, dans un art de la mesure parfaitement maîtrisé, à nous tenir
en haleine et à nourrir les envies de voyages spirituels. Une grande
énergie et beaucoup d'humour ont transpiré de cette prestation scénique
remarquable.
D'autre part, lorsque Guem prend le micro, c'est pour nous livrer, avec
une timidité touchante quelques mots sympas qui témoignent d'un grand
respect du public et c'est avec ce même naturel qu'il nous a reçues
après le concert, nous qui voulions en savoir un peu plus…
Totoutard
: Qu'avez-vous pensé du public de Cergy ?
Guem : Chaque endroit, chaque public est
différent et, lorsque je sais que les gens viennent pour la musique,
pour la percussion, le concert c'est pour moi "comme à la maison". L'ambiance
était très bonne. Je n'attends pas dans mes concerts que les gens dansent
ou tapent dans les mains, chacun fait ce qu'il a envie de faire ; certains
préfèrent écouter, d'autres danser, c'est normal.
T- L'effet transe, c'est quelque
chose que vous essayez d'amener chez le public ?
G- Non, c'est tout à fait impossible à
obtenir dans un concert, il faut être dans un petit groupe. On peut
s'éclater mais on ne peut pas aller jusqu'à la transe.
T- Et vous-même lorsque vous
jouez sur scène, peut-il vous arriver de rentrer dans des états de transe
?
G- Non, non, on peut partir mais pas en
transe. La transe c'est quelque chose de très fort que j'ai connu depuis
tout gamin, dans ma famille ; c'est vraiment autre chose et ce n'est
pas parce que fais ça (il secoue la tête dans tous les sens comme lorsqu'il
est sur scène) que je suis dans un état de transe. La transe c'est une
sorte de danse.
T- Il est vrai que vous avez
un show gestuel impressionnant et on sent que le corps tient une place
importante au sein de votre représentation.
G- Le premier instrument des percussions,
c'est le corps humain. Comme j'ai toujours pratiqué la danse et la musique
en même temps, je joue avec mon corps comme je joue aux percussions
et dans les deux cas, il faut une certaine souplesse. Justement, au
début j'avais les mains très dures comme du bois ce qui m'empêchait
de jouer le bongo ou la derbouka car je restais coincé, alors, j'ai
travaillé la souplesse pendant longtemps (et il nous montre sa main
qu'il fait onduler comme si elle était dépourvue d'os).
T- Vous donnez aussi bien des
cours de percussions que de danse et vous avez dit durant le concert
que même lorsque l'on marche c'est déjà de la danse, est-ce que vous
croyez que la danse peut se trouver à travers tout acte du corps humain
?
G- Oui, toute personne qui marche devant
moi danse car chaque personne possède un rythme différent et danse avec.
C'est magnifique parce que tout plein de gens me disent qu'ils n'ont
pas le rythme or tout le monde le possède en soi -A travers la démarche
par exemple-. On devient arythmique lorsqu'on accepte pas le rythme
de l'autre, tout simplement. Mais tout le monde a envie de danser même
celui qui affirme le contraire - Et je ne parle pas uniquement pour
la percussion mais pour tous les styles de musique - mais la plupart
des gens n'osent pas. D'ailleurs les femmes osent beaucoup plus que
les hommes. Les hommes ont plus ce complexe.
T- Justement, considérez-vous
que votre percussion a un pouvoir libérateur et fonctionne un peu comme
un appel à l'abandon de ces "complexes" ?
G- Si on veut, tout dépend de comment on
s'engage. Quand, dans mes cours, des gens arrivent et me disent qu'ils
n'ont jamais joué ou jamais dansé, la question que je leur pose c'est
si ils en ont vraiment envie et si la réponse est "oui", je leur dis
qu'il faut qu'ils s'y mettent et qu'ils oublient le reste, c'est tout.
On a tous débuté de toute façon et je leur dis "Rappelle-toi quand tu
as commencé à marcher à quatre pattes, après tu t'es levé, tu as marché
et ensuite tu as couru" et pour la vie, la musique c'est pareil.
T- Les titres de vos albums
sont assez évocateurs comme "Combat de coqs", "Magie du sorcier", "Cauchemar",
quelles histoires voulez-vous ou aimez-vous nous raconter au travers
de votre musique ?
G- Je n'écris pas la musique, je suis entièrement
autodidacte et en effet, je compose par rapport à une histoire. Il y
a plein d'histoires que j'aime raconter, il y en a à l'infini. Souvent,
les gens m'ont demandé pour "le Serpent" comment je l'ai fait et pourquoi
j'ai appelé le morceau comme ça ; en fait, je me promenais dans la forêt
et j'ai vu un serpent alors j'ai reproduit le son de la forêt et de
ce qu'on peut y rencontrer. J'ai fait aussi un titre qui s'appelle "Riacho"
au Brésil, "Ruisseau" en français, alors, avec la cuica pour reproduire
l'eau qui sort de la source après l'eau qui tombe dans le ruisseau et
au bout de deux-trois minutes la rythmique devient plus forte, c'est
l'eau qui tombe dans le fleuve. Aussi, pour l'un des morceaux de ce
soir, avec le bongo, on joue le bruit de l'orage puis les gouttes de
pluie.
T- Quelle est la part d'improvisation
dans vos spectacles ?
G- Il y a toujours une part d'improvisation
mais elle reste toujours construite. Il faut savoir improviser mais
il faut aussi savoir revenir. C'est une communication musicale, quand
les musiciens sont sur scène, ils se parlent entre eux.
T-
Vous préparez un spectacle sur l'histoire
de la percussion à travers les différents continents depuis la préhistoire
jusqu'à notre siècle, pouvez-vous nous en dire un petit peu plus ?
G- Oui, je suis énormément ouvert à tout
; avant, quand j'ai commencé à faire de la percussion, j'ai joué dans
des groupes de jazz, j'ai fait ensuite de la variété, de la salsa, j'ai
joué aussi avec des groupes brésiliens, j'ai travaillé dans des cabarets
orientaux, antillais et puis, un jour, j'ai voulu jouer uniquement de
la percussion pour que ce soit une musique universelle et il est vrai
que peu importe où je joue, je ne dis pas un mot et ma musique passe,
on a pas besoin de parler parce que le rythme touche tout le monde.
Et justement, je voulais faire une musique qui relie tout le monde et
ce qui permet cela, ce sont les percussions.
T- Effectivement, vos percussions
semblent être au service du métissage -aussi bien au niveau des différentes
percussions que l'on peut trouver à travers le monde qu'au niveau des
différents genres musicaux auxquels vous mêlez vos rythmes-, vous faîtes
preuve d'une très large ouverture musicale…
G- Les différents groupes musicaux avec
lesquels j'ai pu joué m'ont beaucoup appris et m'ont amené à cette ouverture.
En même temps, cela me faisait travailler mon oreille.
Et puis, Guem nous parlant de son expérience de professeur de percussions
avec les tout-petits nous pose une colle "Comment fait un enfant de
deux ans pour ramasser un objet qui est à terre ?", ça y est, nous,
pourtant si jeunes, nous avons déjà oublié les réflexes primaires… "Il
se jette dessus ? Il tâte l'objet avant de le ramasser ?", nous partons
vers des suppositions complexes en laissant de côté, à tort, la simplicité…
"Il plie les genoux, nous dit Guem, et vous comment faîtes-vous ?",
effectivement, on ne plie plus les genoux et on n'hésite pas -sans forcément
s'en rendre compte- à casser notre petit dos. Et Guem de nous dire :
"Plus on vieillit et plus on perd les choses naturelles tout simplement".
Alors oui, Guem est une attachante figure du naturel et sa musique semble
s'adresser à tous les amoureux des choses vraies et à ceux qui n'ont
pas peur de se laisser bercer par leurs sensations.
Quant à son actualité, la sortie de son nouvel album est prévue pour
le 26 octobre 2001 et nous attendons impatiemment son prochain spectacle
qui aura pour thème l'histoire de la percussion à travers les âges et
les continents.
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